INTRODUCTION

 

L'expression « classe sociale » est idéologiquement, politiquement, voire affectivement très chargée, à coup sûr dans le contexte français. Personnellement, je vais aborder les classes sociales en m'inspirant d'un point de vue cognitif et en les traitant comme des « représentations ».

De manière générale, les « représentations », très diverses, dont dispose une personne lui permettent de s'orienter dans son environnement, d'y trouver du sens et d'y agir. L'environnement peut être matériel, physique. Dans le cas présent, il s'agit évidemment de l'environnement social, la société où vivent les personnes. Les « classes sociales » sont une des formes que peuvent prendre les représentations que l'on se fait à propos de celle-ci, des inégalités que l'on y trouve, de leur organisation, de leur devenir. Ces représentations permettent d'interpréter les phénomènes inégalitaires, de se comporter, d'agir éventuellement pour transformer les situations. On comprend alors pourquoi elles risquent d'être idéologiquement chargées.

Mon propos ne sera donc pas de décrire les inégalités elles-mêmes. Je vais présenter certaines représentations qui en existent, celles dont la forme justifie l'emploi de l'expression « classes sociales ». Je vais en indiquer les traits caractéristiques. Je présenterai les différentes variantes existantes, les raisons de les retenir éventuellement avancées par leurs auteurs, les critiques qui leur sont faites, le cas échéant.

Parmi toutes les représentations qui peuvent exister en matière d'inégalités, certaines occupent une place particulière, ce sont celles des « experts ». À nombre d'égards, en effet, les constructions savantes élaborées dans le domaine des inégalités et de la structure sociale ne sont rien d'autre que les représentations que se font certains membres particuliers de cette société, ceux qui font profession de la théoriser. Il convient évidemment d'accorder une place très importante à leurs propositions. C'est ce que je ferai mais je ne m'y limiterai pas, car, dans ce domaine comme dans bien d'autres, la porosité entre représentations communes et savantes est grande.

Cela étant, je laisserai de coté ce qu'un point de vue cognitif suggère d'aborder, à savoir les processus psychologiques fonctionnels qui permettent aux agents de passer de leurs représentations à des actions. Sous cet angle, ce petit ouvrage appartient au domaine de la sociologie et non à celui des sciences cognitives. Par ailleurs, je m'intéresserai essentiellement aux classes sociales telles que les représentations s'en sont constituées dans l'histoire des pays occidentaux  pour comprendre la structure inégalitaire de ceux-ci.. Je ne traiterai donc pas des sociétés non occidentales mais je ne me focaliserai pas non plus exclusivement sur la France'. 

1. Sur celle-ci, le lecteur pourra consulter Les structures sociales en France de 1815 à 1945, de J. Le Yaouanq, aux Éditions Ellipses, et, pour l'après-guerre, Stratification et classes sociales. La société française en mutation de S. Bosc, aux Éditions Nathan.